Ayant conseillé la ville de Nice dans la rénovation de son stade, et la ville de Marseille dans la rénovation et l’agrandissement du mythique stade Vélodrome en vue de l’Euro 2016, Christian Rasoamanana partage son expérience.

 

– Vous étiez au plus près de certaines de villes françaises quand celles-ci se sont préparées à accueillir l’Euro 2016. Pouvez-vous nous en parler  ?
– En France, les stades sont, à quelques exceptions près, propriété des villes. Construit en moyenne il y a plus de soixante ans, le parc français de stades était à la fois vétuste et inadapté en matière de fonctionnalités : peu de services autour du stade et peu d’espaces loges et de sièges VIP. Avec la Coupe du Monde 1998, un seul nouveau stade a été construit : le Stade de France. L’Euro 2016 était donc une formidable opportunité pour les villes de rattraper ce retard, opportunité que n’ont pas voulu rater la ville de Nice et la ville de Marseille en se portant candidates à l’accueil de l’Euro 2016. J’ai donc accompagné, depuis 2009 pendant 4 à 5 ans, ces deux villes comme leur conseil respectivement pour la réalisation du nouveau Stade de Nice et la rénovation/agrandissement du mythique Stade Vélodrome. Je suis intervenu sur ces projets de bout en bout depuis les études de faisabilité jusqu’à la livraison en passant par la procédure d’appel d’offres en partenariat public privé (PPP) puisque c’est le mode de réalisation qui a été retenu dans les deux cas.

– Comment en êtes-vous arrivés à collaborer avec eux  ?
– La réalisation des stades soulevait principalement deux contraintes: une contrainte de délai avec l’imposition par l’EUFA d’une livraison au moins deux ans avant la compétition, soit au plus tard au 30 juin 2014, et  une contrainte budgétaire dans un contexte de marges de manœuvres réduites pour les Villes : plus de 200 M€ de coût d’investissement pour le Stade de Nice et 270M€ pour le Stade Vélodrome. Dès lors, il fallait trouver un montage permettant de sécuriser juridiquement et d’optimiser économiquement et financièrement le projet. La solution passait par l’association de partenaires privés au financement des investissements et à l’exploitation des installations. Fort de notre expérience des PPP et nos nombreuses références en matière de stade, nous nous sommes imposés comme le conseil de référence pour ces projets.
– Comment les travaux se sont-ils passés   ?
– Du point de vue travaux, le principal défi à relever au-delà de la complexité propre à ces ouvrages était celui du respect du calendrier : deux ans et demi pour le Stade de Nice et trois ans et demi pour le Stade Vélo­drome avec en plus pour ce dernier une contrainte de réalisation en mode occupé. Défi relevé puisque ces deux stades ont été livrés quasiment dans les délais et dans les coûts prévus pour la collectivité.

– Si vous deviez retenir une leçon de cette expérience, laquelle serait-ce ?
– Que le PPP est un très bon montage pour la réalisation de projets pour lesquels le défi à relever est plus que la simple construction d’une infrastructure. En faisant appel au privé, nous visions trois objectifs : diminuer les risques et charges pour le budget de la collectivité, mettre en jeu la compétitivité et la capacité d’innovation du secteur privé et améliorer la performance économique de l’opération en termes de recettes, coûts et délais. Même si nous ne sommes qu’au début de l’exploitation, on peut dire que ces trois objectifs sont atteints. Ce qui n’a pas été le cas des autres schémas de réalisation.

– Pensez-vous qu’un jour Madagascar puisse accueillir des manifestations sportives d’envergure internationale quand on sait ce que cela doit impliquer en termes de mobilisation de ressources  ?
– La question n’est pas tant sur notre capacité à faire mais déjà sur notre capacité à créer l’opportunité de le faire. Car au-delà de l’impact sur l’emploi ou sur le secteur touristique, ces manifestations sont avant tout de formidables accélérateurs de projets d’infrastructure. Regardez l’exemple du Brésil qui, en deux ans accueille deux manifestations mondiales, la coupe du monde de football en 2014 et les jeux olympiques cet été. Plus près de chez nous, l’Afrique du Sud où selon les chiffres révélés, la coupe du monde a généré un solde positif de 5,62 milliards de dollars pour le pays. Mais nous ne devons pas attendre que ces manifestations soient de cette envergure pour en profiter. Tout évènement international que notre pays accueille, qu’il soit ou non sportif, doit être l’occasion pour les pouvoirs publics de saisir l’opportunité de moderniser notre pays, nos infrastructures et équipements. Je pense par exemple au sommet de la Francophonie. A-t-on vraiment saisi cette opportunité   ?
En tout état de cause, il faut du volontarisme de la part de ceux qui gouvernent et savoir s’entourer des meilleures
compétences.

DIX-HUIT ANS D’EXPERTISE

Christian Rasoamanana est associé en charge de l’activité Project and Public Finance de Pwc France et Afrique Francophone.
Avec plus de 18 ans d’expérience en financement de projet et PPP, il est aujourd’hui un des experts reconnus dans son métier. Il a ainsi accompagné de nombreux clients publics et privés en France et à l’international dans la réalisation et le financement de leurs projets d’infrastructure. Christian est titulaire d’un DESS Ingénierie Financière et d’une maîtrise d’économie appliquée de l’Université Paris Dauphine.


Propos recueillis par Bodo Voahangy

 

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